Ligue des champions: le jour où George Weah a mis le Bayern à terre

George Weah
Le 23 novembre 1994, le PSG signait un succès marquant à Munich (1-0), en phase de groupes de la Ligue des champions. Un moment choisi par George Weah pour inscrire un des buts qui ont forgé sa légende. Souvenirs.

Ce devait être un match comme un autre, une péripétie, voire une banalité dans la saison du Paris Saint-Germain. Certes, on parle ici d’un déplacement en Ligue des champions, à Munich, pour affronter le grand Bayern, mais après quatre succès en quatre rencontres, les hommes de Luis Fernandez étaient déjà qualifiés pour les quarts de finale avant d’entrer sur la pelouse de l’Olympiastadion. Ce 23 novembre 1994, rien ne semblait indiquer que le club de la capitale s’apprêtait à vivre un instant légendaire. Et pourtant, c’est bien ce soir-là que George Weah allait inscrire un des plus beaux buts de l’histoire européenne du PSG.

« Mister George » ne devait même pas disputer cette rencontre, Fernandez ayant choisi de faire tourner son effectif. Mais le Libérien, compétiteur affamé, avait insisté pour prendre place sur la banc et entrer en jeu. Avant de peindre un chef d’œuvre avec ses pieds, à dix minutes du coup de sifflet final. Au bout d’une longue séance de conservation, et après un une-deux plus ou moins volontaire avec Pascal Nouma, Weah part, seul, éliminer trois adversaires avant de loger le ballon dans la lucarne d’Oliver Kahn d’une puissante frappe du droit. Pendant que l’attaquant parisien court célébrer son bijou, Thomas Helmer et Jorginho sont toujours à terre, alors que Mehmet Scholl a encore le tournis.

«Je savais que j’allais le faire rentrer, raconte Luis Fernandez, mais je ne pouvais pas imaginer ce qu’il allait produire. Ça, il n’y avait que lui… Il y avait quand même du lourd en face. Mais il était heureux, tranquille, en confiance, et quand je l’ai vu partir dans ce slalom, je savais qu’il était capable de le faire. Ce n’était pas un coup de chance ! D’ailleurs, il a mis un but semblable quelques mois plus tard avec l’AC Milan, en partant de son propre camp. C’est un but de Ballon d’Or. J’en ai entraîné deux, Weah et Ronaldinho, et ils étaient capables de tels exploits. Ils avaient quelque chose de différent, un don, ils étaient hors du commun.»

La légende, hors du commun elle aussi, raconte que le matin du match, George Weah était… parti faire du shopping en ville avec la bénédiction de son coach. «Comme il savait que je l’aimais beaucoup, il m’avait demandé la permission d’aller en ville, confirme l’actuel directeur sportif du centre de formation du PSG. Il était donc parti en cachette et était revenu avec des valises pleines de cadeaux. Sur le terrain comme en dehors, c’était ça George : la générosité, l’humanité.»

Nouma : «Je me suis dit : « Il est inarrêtable ! »»

Couvé par son coach, adoubé par ses coéquipiers, l’avant-centre libérien a ébloui l’Europe ce soir d’automne en Bavière. «C’est fort ce qu’on avait fait, se remémore le passeur décisif, Pascal Nouma, vingt-deux ans à l’époque. J’ai regardé l’action il y a quelques jours. Peut-être que je rate un peu mon contrôle, mais à l’arrivée ça fait une belle passe… Quand je l’ai vu passer, un, puis deux adversaires, je me suis dit : « il est inarrêtable ! », tout en pensant qu’il allait me faire la passe avant le troisième. Mais Mister George a fini le travail tout seul !» Comme un grand. Un très grand. «Un joueur sur un tapis volant», lâche même le président Michel Denisot au coup de sifflet final.

«George, c’était mon voisin, mon idole, mon ami, mon frère… Il n’y avait même pas besoin de l’écouter : il suffisait de le regarder pour apprendre, reprend Nouma. Ce qui me fait chier, c’est que même si je raconte ses exploits à mon fils, il ne l’aura jamais vu jouer. Je dois lui montrer des vidéos ! Aujourd’hui, il y a Messi, Ronaldo, Neymar, mais si George Weah jouait encore, au PSG ou ailleurs, il casserait tout, ce serait un tueur en séries ! Physiquement, c’était un menhir déjà, et puis il était vif, grand, technique…»
Fernandez : «Ce but fait partie de l’histoire du PSG»

Vingt-trois ans plus tard, que reste-t-il de ce but mythique ? L’impression, pour ceux qui l’ont vécu, d’avoir vécu un petit moment d’histoire. «On a surpris les gens ce soir-là», assure Nouma. «Comme le but d’Antoine Kombouaré contre le Real, ou celui de Bruno Ngotty en finale de la Coupe des Coupes, celui-ci fait partie de l’histoire du PSG, affirme Fernandez. Il a participé à faire changer le PSG de dimension. On commençait à s’installer sur la scène européenne, et on devait prouver qu’on pouvait tenir tête à une équipe comme le Bayern. Après ce match, on était plus respecté.» Weah aussi. Un an plus tard, après avoir mené le PSG en demi-finales de la Ligue des champions en terminant meilleur buteur de la compétition (huit réalisations), il deviendra à Milan le premier Ballon d’Or France Football non-européen. Pas tout à fait un hasard.

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